Les répulsifs acoustiques : contre les prises accidentelles ?

15 juillet 2010 par murielle.oriol

Comportement des cétacés face aux filets de pêche

Le principal problème des captures accidentelles de petits delphinidés pélagiques réside dans le fait que les animaux ne détectent pas le filet, ou ne le considèrent pas comme une menace ou une barrière infranchissable.

Concernant la détection, on sait pertinemment qu’un dauphin en bonne santé est capable de détecter le filet à temps par écholocalisation et de l’éviter.
Mais il existe des situations où ce sonar n’est pas utilisé. Tout d’abord les animaux peuvent chasser à vue des proies bio luminescentes. Ensuite, ils utilisent leur bio sonar en fonction du type de proies (poisson, calmar) et surtout de la distance de détection. La capture de la proie est souvent précédée d’un silence du sonar, c’est-à-dire lorsque le dauphin se trouverait à 4 m d’elle. Ainsi, un dauphin en chasse, même avec son sonar peut ne pas être complètement conscient de ce qui l’environne lorsqu’il est en phase finale de captures de proies.

Les répulsifs acoustiques (aussi appelées balises acoustiques ou pinger)

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Les systèmes développés (Aquatec, Dukane, SaveWave, Fumunda, Airmar) sont compacts et affichent une autonomie de quelques mois à plusieurs années, selon les modèles. Ces modules d’une vingtaine de centimètres s’attachent au filet à raison d’un tous les 100 ou 200 m et sont surtout utilisés pour les filets calés.
Le Grand dauphin et le Dauphin bleu et blanc ont une sensibilité auditive maximale au voisinage de 60 kHz et leur gamme de signaux d’écholocalisation peut monter jusqu’à 160 kHz. Selon les acousticiens, les premières gènes auditives observées chez les cétacés commencent à partir de 130 dB. Les répulsifs acoustiques utilisés en France émettent entre 130 et 155 dB et la portée annoncée se situe entre 50 et 100 m (Anon., 2002).
Des campagnes expérimentales ont prouvé leur efficacité sur certaines espèces comme les marsouins. Par contre, sur les dauphins, les résultats scientifiques sont variables selon les espèces animales en interactions et les pêcheries.

Résultats des études françaises

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Des expérimentations ont montré leurs limites dans le cas des dauphins bleu et blanc et des grands dauphins (Rossi et al.,2003). Il se pourrait que, dans certains cas, il y ait habituation du cétacé au répulsif acoustique (Cox et al. 2001).
Expérimentations réalisées par les universités de Cagliari (Italie) et de Corse sur la balise Aquamark 200 (Prud’homie de Balagne, Corse, 2003)
Les scientifiques ont posé trois filets distants de plus de 200 m les uns des autres dans un même lieu de pêche : l’un était muni de balises acoustiques actives (type 1), l’autre de balises non actives (type 2), le troisième était dépourvu de système sonore (type 3).
Les statistiques ont été calculées à partir de 58 filets munis de balises actives, 48 filets équipés de balises inactives et 56 dépourvus de balises. Les données recueillies ont montré que 17,2 % des filets de type 1 ont subi des interactions avec les dauphins contre 14,6 % pour les filets de type 2 et 12,5 % pour les filets de type 3. Ces résultats montrent qu’il n’y a pas d’effet répulsif des balises Aquamark 200 sur les dauphins puisque le taux d’attaque sur les filets munis de balises n’est pas plus faible que celui sur les filets vierges. Il y aurait même un effet attractif de ces balises sur les dauphins !

Action

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Il faudra trouver d’autres solutions pour éviter les prises accidentelles de dauphins dans les filets car les répulsifs acoustiques ne sont actuellement pas efficaces et des études ont montré qu’ils produisent des dommages sur leur système auditif qui pourraient affecter leur système d’écholocalisation ! Afin de réduire efficacement les prises accidentelles dans les filets, il va falloir véritablement interdire certaines méthodes de pêches et en améliorer certaines autres afin qu’elles soient plus sélectives, agrandir les mailles des filets et valoriser la pêche à la palangre pour certaines espèces !