Echouages des cétacés

14 août 2011 par murielle.oriol

echouage1_grandeSource de légendes et d’étonnements, les échouages de cétacés ont toujours suscité un vif intérêt de la part du grand public. De nombreuses interprétations anthropomorphiques ont été mises en avant pour expliquer ces échouages telles que le suicide, le désir de regagner la terre avant de mourir, etc.
La réalité est tout autre puisque la quasi-totalité des échouages (plus de 95% en moyenne) concerne des animaux morts en pleine mer (de vieillesse, d’accident, de maladie, pris dans les chaluts pélagiques, etc.) et rejetés sur le littoral par le biais des courants et des vents marins.

Échouages de cétacés morts

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Environ 95% des animaux trouvés échoués sur nos rivages sont morts en mer et rejetés par les vents et les courants. Il faut noter également que seul un faible pourcentage de ces animaux parvient à terre, car la majorité des cadavres coulent ou sont dévorés en pleine mer par des nécrophages : poissons, oiseaux, invertébrés … L’échouage d’animaux morts concerne toutes les espèces mais dans des proportions variables. Les causes sont diverses et parfois uniquement hypothétiques.

Mort naturelle :

  • Maladies

Il est difficile de répertorier toutes les pathologies qui peuvent toucher les cétacés et les conduire à l’échouage. Ces pathologies peuvent être infectieuses (bactérienne, virale, parasitaire…), non infectieuses (cause inconnue) ou encore tumorale.

  • Dystocie

La dystocie (mise à bas difficile) a été repérée chez de nombreuses espèces. Une des causes peut être la multigémellarité chez des espèces où un seul petit est la règle.

  • Immature perdu

Certains cas d’échouages concernent des bébés (quelques mois), parfois encore reliés au cordon ombilical. Ces jeunes dauphins ont du être séparés de leur mère, peut être parce qu’ils se sont trop éloignés, ou plus probablement parce que leur mère est morte, consécutivement à une dystocie, piégée par un filet dérivant, heurtée par un bateau ou bien tout simplement de maladie. Le dauphin, trop jeune pour survivre seul finit par dériver et s’échouer.

Action de l’homme :

  • Engins de pêche

Ils sont la cause de 75% des échouages des cétacés sur nos côtes. Les principaux responsables sont les chaluts pélagiques (captures accidentelles de mammifères marins) et les filets dérivants qui piègent fréquemment les dauphins et qui peuvent aussi être responsables de la mort et de l’échouage de jeunes cachalots et baleines de plusieurs mètres. Depuis la limitation de ces filets à une longueur de 2,5 kilomètres, avant leur interdiction définitive en 2001, le nombre d’échouages a fortement diminué.

  • Pollution

Les polluants (pesticides, hydrocarbures, métaux lourds) ont une action immunodépressive sur les cétacés qui, ainsi fragilisés, contractent des maladies beaucoup plus facilement.
Les mammifères marins se trouvant au sommet de la pyramide alimentaire, la concentration des métaux lourds dans leur organisme, du fait de l’accumulation lors du passage d’un maillon à l’autre de la chaîne, subit une croissance exponentielle, leur santé est alors nettement fragilisée, au point que certains cadavres sont considérés comme déchets toxiques.

  • Ingestion de corps étrangers

De nombreux corps étrangers peuvent être ingérés par erreur par les cétacés et causer leur mort, comme des sacs plastiques ou même des bâches de grandes dimensions qui ont déjà été retrouvées dans l’estomac de baleines qui s’étaient échoués en Corse.

  • Collision avec un navire

C’est une cause fréquente de mortalité chez les rorquals commun en Méditerranée où leur route croise celle de bateaux dits ” ultra-rapides ” (50 noeuds ) durant la période estivale. Dans d’autres régions du globe, comme en Amérique du Nord, la circulation des bateaux est réglementée dans les zones de fortes densités de cétacés.

  • Manœuvres militaires

Il a été noté une certaine corrélation entre l’échouage de cétacés et le déroulement de manœuvres militaires, comme l’échouage de mésoplodons aux Canaries ou encore de ziphius en Grèce, quelques heures à peine après des expériences acoustiques effectuées par des militaires.

Échouages de cétacés vivants

Les échouages de cétacés vivants sont des cas intéressants, car beaucoup plus rares !

  • Échouages d’individus isolés

Ils concernent, dans la plupart des cas, des animaux blessés ou atteints de maladies. Rares sont les chances de survie de ces animaux.

  • Échouages en masse

Ces échouages concernent surtout des espèces vivant en groupe avec une forte cohésion sociale, telles les globicéphales. Un individu leader atteint d’une pathologie entraîne ainsi son groupe qui le suit aveuglément sur la plage. Il arrive également qu’en poursuivant leurs proies trop près de la côte, les cétacés se fassent piéger par la marée descendante. Des individus ont aussi été trouvés emprisonnés dans des parcs à huîtres, pour les mêmes raisons. De plus, plusieurs cas d’échouages ont été mis en lien direct avec des essais de sonars à basses fréquences, tels ceux utilisés par l’armée (mortalité par hémorragie). Concernant, la théorie sur les perturbations des champs magnétiques terrestres, pour l’instant les liens de causes à effets ne sont pas démontrés. D’autres théories sont avancées, mais beaucoup d’entre elles sont farfelues.

Comment réagir face à l’échouage d’un cétacé ?

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Deux cas peuvent se présenter : soit l’animal est vivant, soit l’animal est mort. Les consignes à suivre ne sont pas les mêmes dans l’une ou l’autre de ces situations. Le plus important est d’agir le plus rapidement possible car si l’animal est encore vivant, ses chances de survie seront augmentées et s’il est déjà mort, les prélèvements pourront être réalisés au plus vite, les analyses n’en seront que meilleures et les résultats plus fiables. Il est difficile de faire une généralité car chaque cas est unique selon l’espèce, le nombre, la taille, l’état, les moyens disponibles… Mais un certain nombre de recommandations restent toujours valables.

L’animal est vivant :

La durée d’intervention doit être la plus courte possible pour augmenter les chances de sauvetage. Pour le cas d’un individu seul, les chances de le sauver sont minimes car il est le plus souvent malade et, dans le cas où il parvient à regagner le large, il y a une forte probabilité de le retrouver échoué dans les heures qui suivent.

  • Noter

La date et le lieu exacts de l’échouage, aussi précisément que possible.
Le nombre et la taille des animaux, leur forme générale et celle de leur tête (faire des photos si possible).

  • Prévenir

GECEM (Méditerranée) – Franck Dhermain au 06 08 73 02 91
Jean-Pierre Sidois (Secteur Alpes-Maritimes)
au 04 93 76 17 61- 06 18 09 18 27
CRMM (Atlantique) – Olivier Van Canneyt au 05 46 44 99 10

  • Manipuler l’animal le moins possible

Si cela est tout de même nécessaire, il faut attraper son corps ” en entier ” et surtout ne pas le soulever ou le tracter par la queue ou les nageoires.

  • Maintenir l’animal en eau peu profonde

Sur le bord de la plage si la mer est calme, dans un trou si elle est agitée. Faire toujours attention a à ce que le ventre du cétacé ne frotte pas sur des rochers ou des coquillages et surtout à ce que l’évent reste hors de l’eau.
S’il n’est pas possible de maintenir le cétacé en eau peu profonde, il faut le protéger du soleil en le couvrant, sauf l’évent, de linges détrempés ou d’algues. Il faut l’arroser régulièrement avec de l’eau aussi froide que possible.

Attention :

aux coups de nageoire caudale, qui peuvent être dangereux, vu la force et la taille de l’animal.
Si l’animal est imposant, attention à ne pas se laisser coincer dessous lors de sa manipulation ou par la poussée d’une vague plus grosse que les autres.
Ne pas s’agiter et crier inutilement autour de l’animal, le stress n ‘apporte jamais rien de bon.
Ne pas le manipuler inutilement, et surtout pas par les pectorales qui sont très fragiles.
Ne pas laisser le dauphin à portée d’animaux domestiques, il est déjà arrivé que des chiens s’attaquent à des dauphins échoués.

L’animal est mort :

  • Noter

La date et le lieu exacts de l’échouage, aussi précisément que possible.
Le nombre et la taille des animaux, leur forme générale et celle de leur tête (faire des photos si possible).

  • Prévenir

GECEM (Méditerranée) – Franck Dhermain au 06 08 73 02 91
Jean-Pierre Sidois (Secteur Alpes-Maritimes)
au 04 93 76 17 61- 06 18 09 18 27
CRMM (Atlantique) – Olivier Van Canneyt au 05 46 44 99 10

Attention :

ne pas toucher le ou les animaux, car ils peuvent transmettre des maladies à l’homme (ex : brucellose)

Quel intérêt scientifique ?

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80% des connaissances actuelles sur les cétacés proviennent de l’examen de spécimens morts. De manière indirecte, ces échouages fournissent aux scientifiques des informations précieuses sur le biotope fréquenté par les cétacés. Ainsi, à partir des restes (becs de céphalopodes…), présents dans les contenus stomacaux, il est possible d’identifier les proies. Par le biais de cette information on peut également connaître les profondeurs de pêche. D’autre part, l’étude des dents, pour les odontocètes, permet de déterminer l’âge de l’animal et les prélèvements de tissus nous informent sur leur carte génétique.

Durant les étés 1988 et 1989, c’est en grande partie grâce aux échouages que l’on a pu démontrer l’ampleur des massacres causés par les filets dérivants et alerter l’opinion publique. D’autre part, les échouages permettent de suivre le degré de concentration en substances nocives telles les métaux lourds, les pesticides, les organochlorés. Néanmoins, les échouages ne sont pas tout à fait représentatifs d’une population car certaines classes d’âge souffrent d’une mortalité supérieure à celle des autres.