“Une mer sans poissons” – de Philippe Cury

12 mai 2010 par murielle.oriol

juin 2009

Depuis 2000, les captures mondiales stagnent autour de 85 millions de tonnes assurant à 2,6 milliards de personnes 20% de leur apport en protéines animales !
Mais le nombre de pêcheurs a augmenté en 30 ans plus vite que la population mondiale : 41 millions de personnes travaillent comme pêcheurs ou aquaculteurs.
L’Union Européenne pour sa part compte 260.000 pêcheurs et 97.000 navires.

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Une situation actuelle alarmante :

> 50% des stocks mondiaux sont entièrement exploités, interdisant toute expansion future. ex : la quasi disparition de la morue du Canada et ce malgré le moratoire de 1992, mais on continue à en pêcher 21.000 tonnes par an à titre de pêches « exploratoires » !
> 25% des stocks de poissons sont épuisés ou surexploités
> 25% des ressources restantes restent modérément exploitées

En 2004, la flotte mondiale de pêche comptait environ 4 millions d’unités, pour une capacité technique estimée à deux fois celle requise pour capturer les ressources marines à un niveau durable !

L’évolution technologique : l’exemple de la pêche au thon rouge en Méditerranée

Les senneurs, navires de pêche au thon, encerclent les bancs de surface avec des filets ou sennes tournantes qui font 2 km de long et 300 m de profondeur, qu’ils soient français ou espagnols, ils sont équipés de radars d’une portée de 20 milles (37 km) pour repérer les oiseaux de mer qui volent au-dessus des thons.

Ce sont de grosses unités de 50 à 70 m et de 4.000 cv, Ils sont équipés aussi de sonars à poursuite automatique d’une portée de 3 km pour traquer les bancs de thons. Leur vitesse moyenne est passée de 10 nœuds à près de 18 nœuds (33 km/h).

La flotte française compte 36 de ces navires actuellement qui pêchent 70% des quotas de thons rouges (largement dépassés tous les ans : 10.165 tonnes déclarées au lieu des 5.593 tonnes allouées). Certains navires prennent la nationalité libyenne pour blanchir les captures et revendre des quotas à d’autres pays !

Le reste, 30% des prises, sont faites par environ une soixantaine de petits bateaux de 8 à 10 m, utilisant pour la plupart des thonailles (filets dérivants interdits par l’UE) répartis de Menton à Port-Vendres.

La pêche pirate

Cette “pêche pirate” que dénoncent les ONG, possède une définition légale, internationale, qu’elles ne donnent pas au public : c’est la pêche “INN”. I comme “Illégale”. NN comme “Non déclarée et Non Réglementée”. Cette pêche INN représente un problème d’envergure mondiale qui ne disparaîtra pas avec un moratoire… ni même avec la disparition de la ressource (les pirates pêcheront d’autres espèces émergentes, commercialement intéressantes). De récents rapports des Nations Unies estiment la valeur annuelle mondiale des captures INN entre 4 et 9 milliards de dollars. Près de 30% des captures dans le monde ressortent de la pêche INN… presque 50% en Méditerranée pour la seule pêche au thon rouge ! Cette pêche, la seule qu’on est en droit de qualifier de pirate, ne respecte pas les frontières nationales. De plus, elle exerce une pression insoutenable sur les stocks halieutiques, la flore et la faune marine et les habitats sous-marins.

Pour que vive la mer il existe des solutions qui sont reconnues depuis longtemps :
> réduction des capacités de pêche : mise à la casse des bateaux
> taille des maillages des filets
> création de réserves marines (objectif international de 20% de réserves en 2020)
> renforcement des contrôles

Pour terminer citons une phrase tirée de l’excellent livre de Philippe Cury :

« … Réinventons les pêches modernes où l’homme tiendra sa place dans une nature qu’il exploitera de manière responsable. Que les contraintes ne soient pas perçues comme des sanctions mais comme un rapprochement des hommes entre eux… »