Les chaluts pélagiques

24 février 2010 par murielle.oriol

chaluts_grande1Malgré l’interdiction totale des filets maillants dérivants, une autre forme de pêche non sélective continue à massacrer dauphins, oiseaux, tortues et quantité de poissons pour rien.
Il est urgent qu’une étude sur l’impact des chaluts pélagiques soit faite et qu’une réglementation stricte, voire l’interdiction de cette méthode de pêche non sélective soit mise en vigueur.

Compte rendu de la conférence des 22 et 23 Septembre 2000

QU’EST-CE QU’UN CHALUT PÉLAGIQUE ?

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Un chalut est un engin de pêche très différent des filets maillants dérivants, qui ont été vivement décriés ces dernières années (les filets dérivants sont actuellement très réglementés, et ils seront interdits en Europe à partir de janvier 2002).

Un chalut a une forme d’entonnoir, il est tracté par un ou deux bateaux pendant plusieurs heures à une vitesse de 3 nœuds (environ 5km/h). Les chaluts pélagiques employés en France ont une ouverture de 50 à 70 m de haut sur 80 m de large pour une profondeur d’environ 150 m. On les appelle  » Pélagiques  » parce qu’ils sont utilisés entre la surface et le fond, à des profondeurs de 50 à 180 m, voire jusqu’à 400-600 m.

Les chaluts pélagiques sont employés depuis environ 20 ans dans le Golfe de Gascogne pour la pêche à l’anchois, au merlu, au maquereau, au chinchard, au hareng, à la sardine, au bar, à la dorade et au thon. En Méditerranée, ils sont employés essentiellement pour l’anchois et la sardine.

Un chalutier pélagique travaille en moyenne 220 jours par an, il est en pêche 10 à 12 h par jour, soit environ 2.500 heures par an dont la moitié en traict (période pendant laquelle le bateau traîne le chalut). Avec une vitesse de 5 km/h, il parcourt 12 500 km par an, soit 1 000 km² (ouverture de 80 m de large).

Les 160 chaluts pélagiques français ratissent chaque année ainsi 80 000 km² : en 6 ans, ils ont passé au peigne fin une surface équivalente à celle de la France.

LE CHALUT PÉLAGIQUE EST-IL CONDAMNABLE ?

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Le chalut pélagique est un engin de pêche extrêmement efficace : 16% des bateaux de pêche français sont armés au chalut (soit 9,6% des bateaux de pêche européens), ils pêchent environ 80% des poissons débarqués dans nos ports.

 

Il est donc le principal responsable :

  • De la surexploitation des stocks de poissons.
  • De la baisse de la qualité nutritive, gustative et sanitaire des poissons écrasés au fond du chalut pendant plusieurs heures puis congelé pendant plusieurs semaines.
  • De la baisse des cours du poisson (mais les prix augmenteront bientôt lorsque les stocks s’épuiseront).

Le chalut pélagique est un engin de pêche peu sélectif : il capture tout ce qu’il rencontre sur son passage. Il est donc le principal responsable d’une diminution drastique de la ressource :

  • En rejetant à la mer des dizaines de milliers de tonnes de poissons (taille trop petite pour la vente, espèces non commercialisables, mélanges d’espèces que le pêcheur n’a pas le temps de trier) ; les rejets représentent 10 à 80% d’un trait de chalut
  • En capturant les juvéniles de nombreuses espèces (affaiblissement du renouvellement des stocks)
  • En pêchant à toutes les profondeurs, il ne laisse plus aucune zone de refuge aux juvéniles ou aux reproducteurs
  • En capturant de nombreuses espèces protégées, dont plusieurs milliers de dauphins chaque année.

(Depuis le développement de la pêche au chalut pélagique dans le Golfe de Gascogne, on retrouve chaque hiver (la saison de pêche au chalut) plusieurs centaines de dauphins échoués sur les côtes du sud-ouest : 80% d’entre eux portent des traces de capture dans les engin de pêche et il a été démontré que les dauphins retrouvés sur les côtes ne représentent qu’un faible pourcentage de ceux qui sont tués au large.)

LE CHALUT PÉLAGIQUE EST-IL RÉGLEMENTAIRE ?

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Le chalut pélagique ne respecte pas la législation française et européenne.

En Méditerranée, les chalutiers pélagiques ont des moteurs 3 à 4 fois plus puissants que la limite préconisée par la législation européenne.

Les quotas de pêches sont souvent détournés (Règlement européen n° 850/98, arrêté ministériel du 04/11/1970, Directive européenne n°92/43 – Natura 2000 du 21/05/1992, principe de précaution : Traité d’Amsterdam et code de conduite de l’O.N.U., politique commune de pêche n° 3760/92, Loi d’orientation sur la pêche n° 97-1051 du 18/11/1997).
Les chalutiers pélagiques travaillent souvent dans la zone des 3 miles, interdite aux arts traînant.

QUE REPRÉSENTE LE LOBBYING ?

Les subventions favorisent les armateurs de chalutiers pélagiques au détriment des petits métiers :
Les subventions européennes sont versées pour :

  • L’acquisition de gros bateaux, *le matériel de pêche des gros bateaux (conditionnement, grues, etc.).
  • Le maintien d’un prix minimum (les poissons de chalut trop abîmés pour être vendus sont souvent inclus dans cette catégorie).
  • Les criées (qui fonctionnent grâce à 80% de poissons de chalut), les mareyeurs (80% de poissons de chalut)

Pour compenser l’augmentation du coût du carburant, le gouvernement français a récemment accordé (de septembre à décembre 2000) une exonération totale des charges sociales (sauf CSG & CRDS) et allocations familiales pour les armateurs de grosses unités, alors que les petits métiers n’ont que 50% d’exonération et que les charges de carburant sont en partie payées par les marins des chalutiers).

Par l’ensemble de ces subventions, les chalutiers pélagiques coûtent cher aux contribuables.

QUELS OBJECTIFS ?

En raison de la gravité de la situation, nous demandons :

  • La proposition d’un moratoire sur l’utilisation des chaluts pélagiques en application du principe de précaution.
  • La remise en cause du système de subventions accordées aux utilisateurs de chaluts pélagiques et des engins les plus destructeurs.
  • La conduite d’une étude scientifique sur l’impacte de ces engins de pêche sur l’écosystème, les stocks halieutiques et l’emploi (cette étude doit être menée par un organisme privé indépendant)

LES PARTICIPANTS

Participants scientifiques
Dominique Baril – Groupe d’étude des Cétacés En Méditerranée
Anne Collet – Docteur en biologie, cétologue -Soutien du Centre de Recherche sur les Mammifères Marins de la Rochelle
Participants associatifs
J.P. Von Der Beke – Delphus – Belgique
Jean Pierre Sidois – SOS Grand Bleu, organisateur
Participants pêcheurs
Robert Alvarez – Itsas Geroa – St Jean De Luz représentant 650 pêcheurs BasquesCofradia – Espagne (8.500 pêcheurs) représentés par M. Alvarez
Dominique Blanchard – observateur, pêcheur Méditerranéen

Particulier
André Plank – Initiateur de la conférence